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Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan





Les étoiles s'éteignent à l'aube

Verso-Wagame

De Richard Wagamese..
Une écriture fouillée, d'une densité exceptionnelle, telle, que les pages semblent trop étroites, trop justes, pour contenir cette prose superbe.
Une page sublime (à mon goût)


.....Il rêva d'une vallée. Elle brillait dans l'embrasement du soleil couchant. Il y avait une rivière qui serpentait avec les montagnes en toile de fond, l'odeur de résine et de sève, la sensation de la brise sur son front. Il entendait les loups japper en jouant. Il était assis sur un rocher, face à l'est, et il regardait la ligne d'ombres progresser vers l'ouest à mesure que s'effaçait le soleil derrière la crête d'une autre chaîne. L'air frais tombant comme un rideau. La lueur des  étoiles naissantes dans le manteau violine du ciel. Le susurement du vent qui se lève dans les cimes. Il ferma les yeux, rentra tout cela en lui et se sentit en paix ; il tourna son visage vers le cieux, resta ainsi bouche bée, à respirer, sans rien voir, mais à entendre les mouvements de la vie tout autour de lui. Il entendait des bruits de pas arrivant derrière lui et écouta, sans crainte, essayant de deviner une silhouette et une substance à leur allure : ils glissaient entre l'entremêlement sauvage de racines et de pierres, les branches et la surface sèche de la mousse. Il ouvrit les yeux et la vit, debout sur l'échelon supérieur de l'échelle. Elle se hissa avec difficulté et avança jusqu'à lui à pas furtifs, sans bruit et pleine d'assurance. Elle le toucha et il se retourna. Elle l'embrassa et se laissa de nouveau emporter. Ses cheveux se drapaient autour de leurs têtes, excluant le monde extérieur si bien qu'il ne pouvait voir que son visage, son sourire, le tracé de ses lèvres et l'éclat de ses yeux. Il l'embrassa ne sachant trop s'il était dans un rêve et ne voulant bouger de crainte de s'éveiller. Elle posait ses mains sur sa poitrine, ses côtes, son ventre. Sa langue suivait son cou. Sa rigidité virile. Ses mains qu'elle y posait, elle prit l'initiative, ôta par la tête la chemise qu'elle portait, la chute de ses seins lui coupant le souffle, puis sa douce moiteur partout autour de lui et en lui.
Il se laissèrent emporter. Il perdit tout contact avec la terre et n'existait plus que dans une sphère primitive ; elle lui mordait l'épaule, projetait ses hanches sur lui, il l'embrassa dans le cou, sur les mamelons et roulèrent dans la paille à côté du lit. Elle rit dans son oreille. Elle se retourna, se mit à quatre pattes devant lui et il se sentit délirer de désir ; il posa ses mains sur ses hanches, se noya en elle et laissa son propre corps planer au-dessus d'elle ; elle se pencha en avant et posa sa tête sur ses avants-bras. Il rejeta la tête en arrière, ferma les yeux et la pénétra lentement ; il l'entendit gémir. Il n'y avait pas d'espace qu'il ne remplissait pas. Il savait qu'il n'abandonnerait jamais cette sensation avant que la lumière d'une lampe ne chasse furtivement l'obscurité.

C'est là qu'ils entendirent le vieil homme, souffle coupé, dire «Diable!» et le charme fut rompu.....

 

 

Posté par bartok79 à 11:29 - Textes choisis - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Les étoiles s'éteignent à l'aube

    Très bon en effet !!!!!!!!!!!

    Posté par LeDiableHimself, 27 mai 2018 à 15:05 | | Répondre
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27 mai 2018