forget-me-not

arrow_left_green_48

Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

Démocratie, histoire politique d’un mot

Source : France culture.fr

 

Mirabeau

 

Longtemps la démocratie a eu mauvaise presse, notamment dans les pays où elle s’est installée la première à la faveur d’une révolution, en France ou aux Etats-Unis.

Ça peut paraître étrange aujourd’hui, alors que ce régime est en passe de s’étendre à l’ensemble de la planète et que les ONG de la « bonne gouvernance », souvent américaines, qui soutiennent partout dans le monde le passage des anciennes dictatures à la démocratie en vantent les qualités indépassables, jointes à celles de l’économie de marché.

Pourtant, dans le vocabulaire politique, à commencer par celui des « pères fondateurs » des démocraties modernes, le mot était affecté d’une fâcheuse connotation de désordre, de démagogie, de tyrannie du grand nombre, de revanche des pauvres et des sans-grades.

A ces époques le mot renvoyait à ce que nous appellerions aujourd’hui la « démocratie directe ».

Et pour les hommes qui firent la révolution en France, tout comme pour ceux qui réalisèrent l’indépendance des Etats-Unis, le terme et l’idée qu’il suggérait avait tout d’un repoussoir. C’est ce paradoxe qu’explore Francis Dupuis-Déri des deux côtés de l’Atlantique, en mettant en valeur le caractère éminemment rhétorique du langage politique et le peu de réalité que masque souvent sa terminologie.

Comme l’affirmait un tribun à Boston en 1798 : il est aisé de « fasciner l’ignorant » avec « le charme du mot liberté ».

Pierre Rosanvallon le relève dans La démocratie inachevée, en France « le mot démocratie n’est pas prononcé une seule fois dans les débats de 1789 à 1791 sur le droit de suffrage ».

Robespierre va même jusqu’à parler d’une « aristocratie représentative » pour désigner le nouveau régime institué par la révolution.

Les débats suscités par le choix du nom pour désigner l’assemblée révolutionnaire sont éloquents.

Pour Mirabeau, il faut éviter « un titre qui effraye ». Sieyès propose « Assemblée des représentants connus et vérifiés de la nation française », jugé trop « métaphysique » par Mirabeau.

C’est finalement un obscur délégué du Berry qui mettra tout le monde d’accord sur l’appellation d’Assemblée nationale, laquelle suggérait que ses opposants, aristocratie et clergé, ne prenaient pas en compte les intérêts de la nation.

Le peuple aura beau avoir eu soi-disant l’initiative, comme dans la phrase célèbre et inaugurale de Mirabeau :"Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !", on ne le verra plus beaucoup prendre part à la chose publique, si ce n’est sous la forme de la fiction édifiante de la représentation.

C’est pourquoi le terme de démocratie, de gouvernement par le peuple, est soigneusement évité et le plus souvent vilipendé par les révolutionnaires, car ils y voient une forme de dictature de la plèbe, ce que semble au mieux traduire dans leur esprit le démos des anciens grecs.


L’auteur rappelle que ces hommes, en France comme en Amérique, avaient lu leurs classiques, aussi bien les historiens comme Thucydide et Plutarque que les philosophes comme Platon, Aristote et Cicéron, qui s’accordaient pour voir dans la démocratie un régime faible où le peuple, par nature incompétent, irrationnel et facilement manipulé par les démagogues, imposerait la tyrannie du grand nombre aux plus riches, forcément minoritaires.

Il faut voir comment l’un des artisans de l’indépendance américaine souvent cité dans cet ouvrage, John Adams, avocat et auteur de la Constitution du Massachusetts, décrit l’un des événements fondateurs de l’histoire de son pays, le soulèvement de Boston en 1770 : « une cohue bariolée de gars impertinents, de Nègres et de mulâtres, de maudits Irlandais et de marins étrangers ». Selon lui – je cite : « les pauvres sont destinés au labeur, les riches sont qualifiés pour les fonctions supérieures en raison de leur éducation et de l’indépendance et des loisirs dont ils jouissent ».......

 

Lire la suite....

Posté par bartok79 à 10:15 - Société - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Démocratie, histoire politique d’un mot

Nouveau commentaire

10 avril 2013