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Le premier choc des civilisations

LES DEBATS DE L'OBS.

Serge Gruzinski, l'Aigle et le Dragon

Le XVIe siècle est le temps de la première mondialisation, d'Asie en Amérique. L'historien Serge Gruzinski nous explique la rencontre de ces mondes, indispensable pour comprendre «l'invention de l'Occident» et la globalisation d'aujourd'hui.

 

Le Nouvel Observateur Votre nouveau livre, «l'Aigle et le Dragon», est le récit de la première mondialisation au XVIe siècle par les Ibériques, c'est-à-dire les Espagnols et les Portugais, qui pour la première fois se déploient à l'est comme à l'ouest sur la scène planétaire, en Asie et en Amérique. Est-ce vraiment la première mondialisation?

 

Serge Gruzinski Il ne faut pas oublier la première mondialisation, certes incomplète, musulmane. Quand l'ambassadeur portugais Tomé Pires arrive à Canton en 1520, il y découvre de grandes mosquées. L'Islam, par les marchands et les routes de la soie, avait depuis longtemps pénétré la Chine. En tant qu'historien je me suis toujours demandé si l'antagonisme entre l'Occident et l'Islam ne vient pas de ce moment-là, quand les musulmans du XVIe siècle, pionniers de la mondialisation, ont eu le sentiment d'avoir été dépossédés. Eux qui étaient partout, en Afrique, en Asie centrale et en Chine, n'ont pu résister à la grande offensive ibérico-chrétienne.

 

Les musulmans ont été désespérés de n'avoir pas découvert l'Amérique. Il est vrai que ni le Coran ni la science arabe n'en ont jamais rien dit. De plus, très vite le Nouveau Monde allait être totalement christianisé et échapper à toute influence musulmane pendant des siècles. C'est donc au début du XVIe siècle que les Européens catholiques vont damer le pion du monde musulman et intervenir aux quatre coins de la planète.

 

Comment le désenclavement de la planète par les Ibériques, grâce à la révolution maritime de Magellan puis la découverte de l'Amérique, s'est-il transformé en première mondialisation?

 

Ce sont certes les voies maritimes découvertes par Vasco de Gama et Magellan et les grands bateaux construits à Séville ou à Lisbonne qui ont permis cette première expansion planétaire. Mais cela n'explique pas tout. Quand les Espagnols envoient Magellan vers l'inconnu, cela veut dire qu'il y a des financiers européens qui ont l'audace folle d'investir des sommes gigantesques à l'autre bout du globe pour des profits très hypothétiques. Et cela s'est répété sans arrêt au cours du XVIe siècle.

 

C'est vrai, il fallait des bateaux, mais avant tout des capitaux. A Séville, on rêvait des épices des Moluques! Ce premier désenclavement planétaire est d'ordre financier. Il eut pour origine un pari et une prise de risque maximale motivés par une soif de richesses. Mais cette audace n'était pas seulement liée à la cupidité ou au désir prédateur, elle était aussi d'ordre religieux. Il y avait une double démarche. Celle de faire main basse sur le «pétrole» de l'époque, c'est-à-dire les épices - recherchées autant pour la conservation alimentaire, le goût, voire la pharmacopée -, mais aussi de réaliser, grâce aux conquêtes, le rêve inouï de l'établissement d'une monarchie chrétienne universelle.

 

En Europe s'élaborent à cette époque une «conscience-monde» et le projet de christianiser la planète entière. Les Ibériques ont pour rêve de prendre en charge religieusement toute l'humanité, de la sauver, de la civiliser, de l'inscrire dans leur histoire et, au passage, de la faire travailler au service du monarque universel, à savoir Charles Quint. Marchands, soldats, marins et missionnaires marchent ensemble. Les théologiens disent: il n'y a qu'une seule humanité. Les hommes doivent donc tous commercer les uns avec les autres. Il n'y a aucune limite possible au commerce mondial. Les Ibériques se battaient donc pour la double liberté planétaire de circulation et de prédication. C'est l'idée très moderne que l'homme européen a le droit de circuler, de commercer et de prêcher la foi chrétienne partout.

 

Dès 1517, via l'ambassade de Tomé Pires, les Portugais envisagent très sérieusement de conquérir la Chine. Ce fut un fiasco et la guerre de Chine n'aura pas lieu.............


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Posté par bartok79 à 10:57 - Détente - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Le premier choc des civilisations

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04 mars 2012