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Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

LUNE


La crise irlandaise ou le miroir brisé des libéraux

Le 14 février 2006, le site libres.org, « diffuseur de la pensée libérale  en  France  »  animé  entre  autres  par  l’économiste Jacques  Garello,  commençait  ainsi  un  article  consacré  à l’Irlande : « L’Irlande est à la mode et intrigue nos confrères de tous horizons  :  Valeurs  Actuelles  y  consacre  son  éditorial  et  Le  Monde une page entière» — « L’Irlande, meilleur élève de l’économie européenne ». Y aurait-il un « miracle irlandais » ?«Nous ne le croyons pas. Non que l’économie irlandaise se porte mal, au contraire, c’est bien  le  meilleur  élève  de  l’Europe.  Nos  confrères  ont  raison.  Mais parce que nous n’y voyons aucun miracle, seulement l’application rigoureuse  des  enseignements  de  la  science  économique.  S’il ya un miracle irlandais, c’est le miracle du libéralisme qui, partout, crée richesse et prospérité. »

- La suite, qui vaut aussi son pesant de cacahuètes, est un résumé de ce que les tenants du libéralisme, n’ont cessé de ressasser durant une décennie sur le « Tigre celtique ! ». En évitant souvent d’évoquer les importantes aides financières européennes dont avait bénéficié ce pays entré dans l’Union en 1973. Non que nous remettions en cause ces aides.

Bien au contraire. Mais dans le même temps, l’Irlande pratiquait un farouche dumping fi scal à l’intérieur de l’Europe. Faible fiscalité, réglementation du travail très légère, État peu présent … l’Irlande était l’Eldorado des libéraux. Mais, ne leur en déplaise,l’écono- -mie n’est pas une science exacte et les théories que le « Tigre celte » avait si bien su mettre en pratique auraient causé sa perte, sans la solidarité des pays et des contribuables européens.
L’affaire a commencé avec les subprimes qui ont durement touché le secteur bancaire irlandais, dépositaire de nombreux actifs « pourris  », doublés d’un volume  important  de  crédits  hypothécaires  en Irlande elle-même.
Premier accroc dans les rouages de cette économie ultra-libérale :
afin de  purger  le  système  de  ces  actifs  et  de  sauver  le  système, le gouver- -nement irlandais prend la décision de créer un véhicule bancaire chargé de racheter l’ensemble de ces crédits, partant du principe que l’État serait plus à même d’en assurer les remboursements. Le  montant  de  l’opération  s’élève  à  quelque  45  milliards  d’euros. Malgré cela, les banques irlandaises ne retrouvent pas une assise solide. Le Premier ministre irlandais annonce alors son intention d’injecter 50 milliards supplémentaires dans le système en 2010.

Plus grave, le déficit irlandais est projeté cette année à 32% du PIB. Au vu de la dépendance de l’Irlande aux investissements étrangers, il est important de souligner que le taux d’exposition des banques européennes reste important : 60 milliards d’euros pour les banques allemandes, 55 pour les britanniques, un peu moins de 30 pour les
françaises,  sans  même  parler  des  33  milliards  des  banques  américaines.
Le  financement  sur  le  marché  des  capitaux  devient  particulièrement difficile, les taux à 10 ans étant fixés lundi 15 novembre à 8,4%!

Face  à  ces  difficultés  et  aux  menaces  qu’elles  font  planer  sur la zone euro (l’euro a chuté à 1,34 face au dollar), le conseil des 14 et 15 novembre a mis sur la table un paquet d’aides à l’Irlande sur le modèle de celui « offert », si l’on ose dire, à la Grèce. Le montant s’en élèverait à 100 milliards, apportés par le Fonds de Stabilisation Financière (instrument fi nancé à hauteur de 500 milliards levés sur le  marché  des  capitaux,  garantis  pour  60  milliards  par  le  budget de l’UE et 440 milliards par les États-membres de la zone euro via la BCE, plus 250 milliards du FMI), le Royaume Uni (qui espère voir ainsi retourner une partie de son investissement dans son propre système bancaire et justifie ainsi son intervention) et le FMI, dont la contribution représenterait une fois encore 50% de ce qui serait apporté par les deux autres contributeurs.

Un véritable vent de panique a soufflé sur le Conseil, qui ne parvenait pas à arracher à l’Irlande le feu vert pour lancer son intervention. Le président du Conseil Herman van Rompuy a fait monter la pression en déclarant qu’il s’agissait d’une lutte pour la survie de la zone euro. « Si nous ne garantissons pas la survie de la zone euro, nous ne pourrons pas garantir la survie de l’Union », a-t-il précisé.

Mais  l’Irlande  craignait  évidemment  de  perdre  toute  forme  de contrôle sur sa politique économique, sitôt qu’elle aurait accepté l’aide.
En outre, la décision autrichienne de ne pas verser sa contribution au deuxième volet de l’aide à la Grèce d’une part, et les déclarations d’Angela Merkel, annonçant qu’elle ne souhaitait plus voir les investisseurs privés renfloués par les caisses publiques n’ont pas
facilité la situation. D’autant que les marchés ont réagi en tendant un peu plus encore les taux.
Ces états de fait ont provoqué un sentiment peut-être plus anti-allemand qu’anti-européen, mais de plus en plus vif dans les différents pays européens. Il a même atteint la Finlande, l’Autriche, les Pays-Bas et le Danemark, pourtant considérés comme les alliés traditionnels de la politique allemande en matière en matière d’économie
européenne.
Finalement, après  avoir  longuement  refusé  d’activer  les mécanismes  d’aide,  au  nom  de  la  sauvegarde  de  sa  souveraineté économique, le gouvernement irlandais, a cédé aux pressions du Conseil.
Le FMI, la BCE — via le mécanisme de stabilisation financière — et le Royaume-Uni mobiliseront donc entre 90 et 100 milliards d’euros pour  venir  au  secours  d’une  Irlande  au  bord  de  la  cessation  de paiement.

Le taux d’intérêt auquel ces fonds seront avancés reste à négocier, mais il est probable que celui-ci sera de l’ordre de 5%, comme ce fut le cas pour la Grèce, soit un taux supérieur à ce que permettrait la seule garantie de l’Union — autour de 3,5%.

Si ce taux est largement inférieur à celui auquel pourrait prétendre l’Irlande seule sur les  marchés  —  autour  de  8  à  9%  —,  il  est  encore  trop  élevé  pour permettre à ce pays de sortir la tête de l’eau à moyen terme.

L’inquiétude  du  gouvernement de  droite irlandais est de se voir contraint  de  relever  son  taux  d’imposition  des  sociétés,  alors  qu’il considère  que  cette  politique  de  moins-disant  fiscal  constitue  son principal atout contre ses partenaires européens.


Pour les socialistes, il peut s’agir là d’une opportunité historique de souligner l’inefficacité du modèle de développement du « Tigre celtique », dont l’affaire DELL a déjà démontré la fragilité fin 2009-début 2010. Rappelons en effet que l’entreprise informatique DELL, basée en Irlande pour raisons fi scales, a saisi l’opportunité de délocaliser en Pologne du fait d’une « offre » de défi- scalisation plus alléchante encore. Le plan social qui en a résulté, a été en partie payé par le «Fonds d’Ajustement à la Mondialisation».

Le triste exemple de l’Irlande doit nous permettre d’exiger une harmonisation de la fis- calité des entreprises au niveau européen, afin de mettre un terme à la compétition entre États-membres.
Par  ailleurs,  ce  doit  être  aussi  pour  nous  l’occasion  de  rappeler qu’une  véritable  politique  économique  européenne  ne peut se contenter de renforcer les aspects répressifs d’un pacte de stabilité qui ne cesse de montrer ses limites. Il convient d’affir- mer avec force qu’une vraie politique européenne doit être centrée sur la création
d’emplois à travers l’UE tout entière et qu’il convient, pour ce faire, de  mettre  un  terme  aux  politiques  non-coopératives  menées  par plusieurs États, dont le succès est principalement fondé sur la capacité de dépense de ses partenaires européens..

Brian Booth

Bulletin de Liaison d"Un Monde d'Avance" 56_26/11/2010

Posté par bartok79 à 18:34 - Société - Commentaires [0] - Permalien [#]
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26 novembre 2010