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Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

Henri Pichette

Henri Pichette, le poète anti-Char

Il aura suffi que je prononce ce nom, «René Char», pour que Pichette (1924-2000) parte au quart de tour. Le grrrand pouète national, il faut le savoir, était tout le contraire de celui des Épiphanies. Gonflé d’orgueil, enivré par trop de gloire, bouffi de sa réputation de barde, exalté par son Moi, tonitruant ses aphorismes entortillés…Pichette, avec une cruauté d’enfant disséquant un scarabée, arrachait sa superbe verbeuse, la triturait sauvagement, la persiflait et la démantibulait sans recours. Pichette? Vous l’avez lu? Entendu dire lui-même, pour le cinquantième anniversaire de la première des Épiphanies (un «mystère profane», créé en 1947 par Gérard Philipe et Maria Casarès), le texte incandescent de cette pièce d’extrême jeunesse, au théâtre du Rond-Point, devant une salle pleine de survivants de la création, mêlés à plusieurs générations? L’auteur, chaussé de sabots, seul à sa table, incarnait, psalmodiait, scandait et propulsait son texte. J’y étais....

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Les Ditelis du rougegorge

  Inspirés du chant discret du rougegorge, ces « ditelis », courts mais intenses poèmes, entre comptines et dictons, tressent une couronne de tendresse à cet oiseau de l'âme. Fruits d'une longue alchimie, ils sont l'aboutissement des recherches langagières du poète, mais aussi d'une quête spirituelle.
   

« De Jésus qui priait au jardin des Pardons, un petit oiseau s'approcha. Haut sur pattes fines comme aiguilles, la plume brunette un peu olive, l'œil rond comme un cassis, il s'en venait frisant le sol, sautillant et parfois s'arrêtant pour faire une révérence. Une brise lui avait dit que cet Homme-là était le cœur fait homme. Que voulait-il bien, ce petit passereau du monde ? Il désirait visiter le cœur du Fils. Alors souriant, Jésus lui ouvrit son cœur, et le petit oiseau entra dans la cage des côtes : il y fut pris d'amour, et battit des ailes au rythme des pulsations divines. En souvenir de cette visite, Jésus lui empreignit la lumière de son sang sur la poitrine. Désormais, l'oiseau était baptisé rougegorge.
  Chaque jour, un rougegorge témoigne discètement de cette sorte de légende sur la branche du temps.
  Qu'il en tire profit, celui qui a des oreilles pour
entendre.»

Henri Pichette, Les Ditelis du rougegorge, Gallimard, 2005 

  Ce petit livre, qu'Henri Pichette (1924-2000) a laissé avant de mourir sur sa table de travail comme un testament poétique, est issu d'un vaste projet qui occupa plus de vingt ans le poète. Il avait choisi d'entrer en silence pour « faire un grand livre avec un petit oiseau » : Le Livre populaire et savant du Rougegorge familier. Au terme d'une longue enquête bibliographique, littéraire, linguistique, éthologique ou ethnographique, lecteur assidu à la Bibliothèque nationale ou collecteur au fond des provinces de France, il accumula plusieurs mètres de dossiers passionnants sur le rougegorge. Si l'ambitieux ouvrage n'a pu voir le jour, un diamant est né, comme d'une longue alchimie poétique, dans le dépouillement et la simplicité : formes brèves que ces ditelis, à l'imitation du chant discret du rougegorge, qui tiennent souvent du dicton ou de la comptine, ciselés par un amoureux du lexique populaire. C'est aussi l'aboutissement d'une quête spirituelle qui s'exprime par la médiation de cet oiseau de l'âme, dont la gorge est tachée du sang du Christ. Comme dans la pièce de Schumann, en quelques notes rares et des silences, « le poète parle ».

Th. B. 


   

Henri Pichette
Les Ditelis du rougegorge
Collection Blanche, Gallimard, 2005    


        Dents de lait dents de loup

      

  Ce recueil de 1962, revu et augmenté, se présente en deux parties :  poèmes d'un jeune garçon qui s'éveille au monde ; jouissances et souffrances d'un homme de son temps, et d'un poète en pleine possession de son art. Ces dents qui mordent dans la vie et la langue sont comme l'avant et l'après des Épiphanies.

«

POÈTES

Est-ce parce que le verbe
Vous appelle à l'orée de l'aurore
Et met en lumière vos faiblesses,
Que l'on vous dit illuminés ?
Si votre devoir remis est encore hérésie,
qu'on vous reprenne
Tant est vrai que vous avez froid
Et vous comprenne. Il y avait une intention,
Pour les pauvres diables jetés dans l'hiver
de ce siècle
Et chaud
Pour les belles âmes qui s'expliquent
la damnation éternelle


Que Pégase vous soit ce cheval de labour
Pour qui chaque sillon est une règle d'or
Et que vient la rosée adoucir de ses perles.
      »

1955 
   

Henri Pichette, Dents de lait dents de loup, Gallimard, 2005

*

Posté par bartok79 à 13:33 - Poésie - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

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08 juillet 2009