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Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

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Le Canet, centre de rétention de sans papiers


r_tention« L'avenir, c'est ce mur devant moi »


2.871 sans-papiers ont transité en 2008 par le centre de rétention du Canet à Marseille. Parmi eux Bilal, atteint de polio, Sam papa de deux enfants, Nelly, 8 ans en CE2…

94 étrangers étaient massés, hier, au centre de rétention administratif (CRA) du Canet à Marseille. Ouvert en juin 2006 pour remplacer le hangar d'Arenc, le 25ème centre du dispositif français d'éloignement des migrants ne dépareille pas du reste des 230 camps pour étrangers qui quadrillent l'Union européenne. Car ce nouveau centre se veut conforme à la directive « retour » adoptée en juin dernier par le Parlement européen, celle-là même qui recommande aux 27 Etats-membres de porter à 18 mois la durée de rétention des immigrés illégaux.

Coincé entre deux périphériques, ce bunker de haute sécurité ne donne rien à voir. « Le but est de ne rien montrer, de ne rien démontrer puisqu'il n'y a rien à voir, rien de visible y compris depuis l'autoroute », ont voulu les concepteurs. 2.871 étrangers en séjour irrégulier y ont transité en 2008.
Qui voit-on au Canet ?
Des maçons turcs en bleu de travail, des saisonniers de la Crau, des Chinois, des Roms, etc. Samb, 37, maçon sénégalais est arrivé lundi dernier. Ce père de deux enfants en France depuis onze ans a été menotté au guichet de la préfecture d'Avignon. « J'étais venu me renseigner… », soupire-t-il, accroché au téléphone du parloir. Son voisin d'infortune, Nasreddine, s'est fait coincer sur un marché. Il est à bout : « Les douches marchent pas. On nous crie dessus. On me donne pas les médicaments. Je suis là depuis 13 jours. Je mange que le pain car c'est pas hallal », craque ce Tunisien de 28 ans, qui angoisse qu'on appelle son nom. Chaque rapport annuel de la Cimade est un florilège de drames évités ou survenus. Imane, 19 ans, sortie de son lit chez ses parents à Draguignan par les policiers. Néli, 8 ans, fut la plus jeune retenue. Dénoncée, l'écolière de CE2 inaugura l' « unité d'hébergement familial » à présent fermée, avec son père, un polytechnicien russe. Et puis il y a la cohorte de ceux que cette association d'entraide « voit et revoit presque quotidiennement ». Comme ce Tunisien de 25 ans, entré par l'Italie à l'âge 17 ans, sans identité certaine : « Je fais prison, centre, prison, centre. Je n'ai pas vu la liberté depuis 19 mois. Ils disent que je mens. La juge m'a dit de disparaître. Je ne regrette pas d'être venu, je regrette d'être né. L'avenir, c'est ce mur devant moi. »

Dans cette arche si peu biblique, on a compté 80 nationalités différentes. La politique du chiffre n'est pas un vain mot. Le ministère de l'Immigration revendique 29.796 éloignements en 2008 pour la métropole, plus que son quota de 25.000. Les « rétentionnaires » n'ont plus le profil des « clandos » des années 60. A l'époque, des policiers sans mandat faisaient la sortie des Baumettes et conduisaient les « double peines » à bord de camionnettes dans un hangar du port autonome. De 1965 à 1975, Arenc fut ainsi élevé au rang de prison clandestine de la police française. Trente ans plus tard, chômage, pression migratoire et dérives xénophobes ont eu raison de la tradition d'asile à la française. Ce fut le réalisme rocardien d' « on ne peut plus accueillir toute la misère du monde » (mais on a des hélicos à leur vendre), la porte défoncée de l'église Saint-Bernard, les « charters » pour le Mali, le « bruit et l'odeur » de Chirac.
Avec le centre du Canet, on est passé au « 20 Méga » de la reconduite.
4 unités d'hébergement, 114 lits et même un tribunal intégré ! L'univers est concentrationnaire, anxiogène à souhait. Barbelés, concertinas, courette de promenade, filets anti-évasion, caméras, contrôle d'accès badgétisé. Du high-tech déjà délabré qui a choqué Michel Vauzelle, le président socialiste du Conseil régional, qui l'a visité le 8 janvier : « C'est un univers carcéral avec des pièces minuscules, des sanitaires profondément dégradés et dégradant pour la dignité humaine. » C'est d'ici que la Police aux Frontières organise les exils, obtient les laissez-passer des consulats, booke les sièges d'avion. Un individu peut y être retenu jusqu'à 32 jours, après 2 prolongations de 15 jours, « le temps nécessaire pour mettre à exécution » les arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière....

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Posté par bartok79 à 11:26 - Société - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Le Canet, centre de rétention de sans papiers

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14 février 2009