forget-me-not

arrow_left_green_48

Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

Je ne racole plus, je ne sollicite plus, peu importe qui lit ce blog, l'essentiel c'est de s'exprimer..


LUNE


Armand ROBIN, libertaire à en mourir

Commentaire personnel :
Je vais en faire sourire certains, mais je ne connaissais pas ce personnage,  il y a à peine une heure. C'est au hasard de mes errements sur le net que je suis tombé sur cet individu qui a su capter mon attention et me donner envie d'en savoir plus.
Il y a matière à étudier ses écrits et sa biographie :
il est né le 19 janvier 1912 à Plouguernével (Côtes-d'Armor) , communiste un temps, anarchiste, ami de Brassens, voyageur engagé ("Il sillonne l'Europe en moto et traduit Aly, Maïakovski, Pasternak, Blok, Essénine. Mais aussi Shakespeare,Ungaretti, Omar Khayam ,..".).
"Il prend ensuite fait et cause pour l'indépendance algérienne"Je suis un Fellagha! Je suis un Fellagha!"."
La fin sera triste :
" Il vivra à la fin de sa vie dans la misère et les saisies d'huissier.
Arrêté par la police à cause d'une dispute avec des boulistes (!), il meurt le 29 mars 1961 à l' Infirmerie Spéciale du Dépôt, sans doute écumant de rage et d'humiliation, et après avoir été passé à tabac.
En tout cas sans explication de la part de la police.
Pour un anarchiste, mourir d'une bavure policière semblait une fatalité inéluctable.
La plupart de ses papiers seront jetés par les déménageurs, son œuvre est presque perdue."
Toute ma science nouvelle est tirée du site qui lui est entièrement consacré :
http://armandrobin.org/
Et aussi :
http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/robin/robinarmand.html

Bartok 79



Armand Robin : l'oeuvre libertaire *
Lettre indésirable N° 1 *

Adressée le 5 octobre 1943 à la Gestapo, avenue Foch, Paris robin1

Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine, il m'est parvenu que de singuliers citoyens français m'ont dénoncé à vous comme n'étant pas du tout au nombre de vos approbateurs.
Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes écrits.
Il est très exact que je vous désapprouve d'une désapprobation pour laquelle il n'est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie d'étudier).
Vous êtes des tueurs, messieurs; et j'ajouterai même (c'est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes des tueurs ridicules.
Vous n'êtes pas sans ignorer que je me suis spécialisé dans l'écoute des radios étrangères; j'apprends ainsi de précieux détails sur vos agissements; mais, le propre des criminels étant surtout d'être ignorants, me faudra-t-il perdre du temps à vous signaler les chambres à gaz motorisées que vous faites circuler dans les villes russes?
Ou les camps où, avec un art achevé, vous faites mourir des millions d'innocents en Pologne ?
Si je vous écris directement, messieurs, c'est pour remédier au manque de talent de mes dénonciateurs ; cette variété de l'espèce humaine, particulièrement fréquente sous les régimes vertueux, manque de subtilité et de perfection; je suis persuadé qu'elle ne m'a pas dénoncé à vous avec le savoir-faire qui s'impose dans cette profession.
Vous avouerai-je qu'il y a dans ce manque d'achèvement quelque chose qui me choque et que je tiens à corriger?
Je voudrais, par simple goût du fini, suppléer aux déficiences de ceux qui veulent ma mort.
Je suis las des menaces vagues, des dangers imprécis, des avertissements renouvelés, des inquiétudes non por-tées à l'extrême.
Vous créez, messieurs, un monde tel qu'on ne sait plus s'il ne vaut pas mieux être immédiatement arrêté plutôt que de s'entendre dire chaque matin: « Prends garde à tes regards, prends garde à tes pas, prends garde à tes doigts, à tes épaules, à tes orteils, car tout en toi est fort dangereux!".
On veut, messieurs, m'empêcher de faire le moindre pas, car, me dit-on, votre courroux s'étend au-dessus de moi; eh bien! messieurs, non seulement j'ai décidé de continuer à faire des pas, mais encore j'ai décidé de courir.
La Renommée, cette déesse présentement bien florissante, répand par toute la ville que je suis un fou.
Sans doute est-ce cela qui vous retient; je voudrais détruire en vous ce scrupule qui m'est profitable; je puis vous assurer : je suis le contraire d'un fou et j'ai une conscience fort exacte de tout ce que je fais.
Ce n'est pas être fou que de dire en toute circonstance la vérité; la vérité est toujours bonne à dire, et singulièrement lorsqu'elle est sûre d'être châtiée.
La somme de délectation que j'éprouve à vous dire directement: « TUEURS, VOUS ÊTES DES TUEURS » dépasse les délectations que vous aurez à me tuer.
Je voudrais être menacé avec précision. Et d'autre part ce serait mal respecter l'ordre de l'assassinat, qui devient l'ordre coutumier de ces temps, que de contraindre les candidats à mon assassinat à fouiller toute la ville pour me trouver; mon adresse actuelle, messieurs, est ignorée de presque tous; la voici.
Venez! Je ne m'en irai pas! Je laisserai même la porte ouverte.
Vous m'y trouverez sans fatigue en ces heures très matinales où, jeannots lapins d'un nouveau genre, vous vous plaisez à commencer vos inédits ébats.
Messieurs, vous aurez été sans doute quelque peu surpris qu'en tête de cette lettre je vous aie nommés: « Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine » ; il est peu probable que les singuliers citoyens français qui vous fréquentent soient à même de vous expliquer le sens de cette appellation; je suis enclin à croire qu'ils ne doivent guère comprendre le français; je dois donc perdre encore un peu de temps à vous préciser que cette appellation m'a été suggérée par la pesanteur bien connue de vos pas et le bruit également très connu de vos bottes.
Vous avez de singuliers arguments, messieurs, pour propager l'idée que votre race est l'excellente: ce sont des arguments de cuir.
Vous ajouterai-je, messieurs, pour me tourner enfin vers cette Allemagne que vous prétendez représenter, que je ressens tous les jours une très grande pitié pour mon frère, le travailleur allemand en uniforme.

Vous avez assassiné, messieurs, mon frère, le travailleur allemand; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d'être assassiné à côté de lui.

Armand Robin
Texte inédit du vivant d'Armand Robin ; 1ère publication in Cahiers des saisons, N° 42, été 1965.

Posté par bartok79 à 01:01 - Détente - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Armand ROBIN, libertaire à en mourir

  • Ah ! le Panache à la française ! Quel talent !
    Toujours interressé par les êtres hors du commun, celui-ci m'interpelle inévitablement.
    Cependant. Déclamer haut et fort à des tueurs qu'ils sont des tueurs, une vérité notoire en 43, cela frise la tautologie.Aimer la liberté et se jeter dans les bras de l'assassin est abhérant.Cet audace, ce talent aurait pu servir la cause de la vérité et de la liberté.Ils sont vains.D'autres ont juste dit"non",et ont agi.

    Posté par Félix, 07 juin 2009 à 09:39 | | Répondre
  • Félix qu'es-tu devenu ? Mais bien sûr ton commentaire est un peu de parti pris ! Lui aussi à sa manière il a dit non et il a combattu avec ses moyens. Bon je réagis avec beaucoup de retard, j'avais zappé ce commentaire !

    Posté par bartok79, 04 juin 2021 à 18:34 | | Répondre
Nouveau commentaire

04 juin 2008