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Tout à Fait Subjectif*

Je veux des barricades qui servent à quelque chose. Que près des immortelles, elles vivent, les roses...-Henri Tachan


La Lune

Patrons ! Sans papiers ! Même combat ?

Aujourd'hui, de nombreux patrons réclament la régularisation de leurs employés sans-papiers en grève depuis plus de deux semaines.
Certains, comme le directeur de la chaine de restaurants "Chez Papa", se drapent dans les médias de la cape de l'employeur abusé par ses salariés, et se déclarent aujourd'hui beau joueur, et solidaire. Ce n'est pourtant pas tout à fait la version des employés. dessin : xavier lacombe A ce jour, trois salariés sans-papiers du café de la Jatte, à Neuilly, ont reçu leurs récépissés de régularisation, préalables à l'obtention d'un titre de séjour. Il s'agit des premières régularisations depuis le début du mouvement. Les autres attendent. Parce que Président de la République l'a redit, ce sera du cas par cas. Dans le cadre de la loi : l'article 40 de la loi du 20 novembre 2007 et une circulaire du 7 janvier 2008 offrent en effet la possibilité de régularisation sur demande de l'employeur, à condition que le salarié ait un contrat d'un an minimum et travaille dans un secteur "en tension"… alors, même combat ? Quand Libération publie en une, vendredi 18 avril, une photo du patron du restaurant "Chez Papa" entouré de trois de ses salariés sans papiers, la grève de ces derniers dure depuis 4 jours. Comme de nombreux patrons de la restauration ou du bâtiment touchés par le mouvement de grève des employés sans-papiers, Bruno Druilhe, directeur et fondateur de la chaine de restaurant de spécialités du Sud-Ouest, réclame la régularisation de ses salariés. Mais il affirme avoir été trompé par leurs faux papiers, et ne s'être aperçu du problème que lorsque la préfecture lui a demandé d'envoyer les papiers de ses salariés pour une vérification, comme obligé par le décret du 1er juillet 2007. Autrement dit, il n'est aucunement responsable, et est certainement tombé des nues en apprenant que la quasi totalité de ses cuisiniers n'avaient pas de papiers - certains travaillaient chez lui depuis neuf ans. Il le redira aux médias venus réaliser un sujet dans son restaurant, et même à Marc-Olivier Fogiel lui même, dans l'émission du 29 avril de "T'empêches tout le monde de dormir", sur M6. Lorsque La Télé Libre s'était rendue dans le restaurant Chez Papa du Xème arrondissement, le siège de la chaine, au premier jour de la grève, plusieurs des employés et ex-employés de "Papa" nous avaient pourtant affirmé le contraire. Ainsi Gaye Kebe, entré Chez Papa comme plongeur en 1999. Il est alors embauché avec une fausse carte de séjour, mais pas de numéro de sécurité sociale. La direction ayant fait une demande auprès de l'Assurance Maladie, s'est vu répondre que ce n'était pas possible, les papiers de l'employé étant faux. Le directeur aurait alors dit à Kebe qu'il pouvait continuer à travailler, mais qu'il lui faudrait se débrouiller pour obtenir un numéro de sécurité sociale, chose faite en 2002 suite à un changement d'adresse. C'est une histoire à peu près similaire que nous raconte Issa Sakho, entré Chez Papa il y a cinq ans. A la différence près que lui a été renvoyé il y a deux mois, après que ses papiers aient été déclarés faux par la préfecture. Sakho affirme que son patron connaissait très bien sa situation, et qu'il avait l'intention de licencier petit à petit tout les employés sans-papiers. C'est cette crainte qui a motivé Gaye Kebe et les autres à réagir avant de se retrouver à la porte, sans droit au chômage, toutes leurs années d'ancienneté parties en fumée. Après avoir vu le succès de la grève des employés sans-papiers du restaurant de la Grande Armée, qui avaient été régularisés après un mouvement encadré par la CGT, les sans-papiers de Chez Papa décident de se syndiquer. Ils racontent les réunions secrètes, chaque dimanche, pour préparer la grève, et ce dernier dimanche où la date du 15 avril est décidée. Leur irruption dans le restaurant le mardi matin déclenche la fureur de Bruno Druilhe. Il est furieux, dit qu'on ne l'a pas informé, refuse de leur laisser l'électricité et l'accès aux toilettes du restaurant pendant l'occupation. Depuis, Synhorcat, son syndicat, s'est officiellement prononcé pour la régularisation des salariés sans-papiers, l'électricité a été rallumée, les toilettes rouvertes. Les moments sont rares où les intérets des salariés et des patrons convergent. Ici la régularisation signifie pour les uns pouvoir travailler en sécurité, pour les autres faire tourner leur commerce. Doit-on pour autant écouter les patrons plus que les sans-papiers ? L'article de Libération reprend à son compte la version du "patron bon vivant, au fort accent aveyronnais", et explique qu'il "a découvert le pot aux roses en juillet". Sur le plateau de Marc Olivier Fogiel, ce n'est pas un employé de Chez Papa qui était invité à raconter son histoire, mais un vigile du magasin de vêtements Fabio Lucci. Maxime Gremetz, député communiste présent sur le plateau, peux donc citer Bruno Druilhe en exemple de ces patrons généreux et solidaires de leurs employés. Les employés de Chez Papa auraient-ils tous inventé leur histoire ? Même sans-papiers, leur parole mérite peut être d'être entendue…

Joseph Hirsch Caméra : Morgann Martin Montage : Anthony Santhoro

Posté par bartok79 à 21:40 - Solidarités - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tout à fait subjectif
L' IXODE

Commentaires sur Patrons ! Sans papiers ! Même combat ?

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02 mai 2008